Personne n¡¯est dupe des propos triomphalistes du maire de Montr¨¦al, le 20 juin, ¨¤ l¡¯annonce des r¨¦sultats du vote sur les r¨¦f¨¦rendums. Il n¡¯avait pas besoin d¡¯en remettre autant, puisqu¡¯il n¡¯est pas responsable de ce gâchis. Par contre, on se serait attendu ¨¤ ce que le Premier ministre fasse preuve d¡¯un peu plus de discernement dans son analyse de la port¨¦e de ce vote. C¡¯est le contraire qui s¡¯est produit. Coll¨¦ ¨¤ son ¨¦lectorat anglophone traditionnel et hant¨¦ par le souvenir de l¡¯Union nationale de 1976 et du parti Égalit¨¦ de 1989, le Premier ministre a pr¨¦f¨¦r¨¦ fermer les yeux sur cette fracture dont on mettra longtemps ¨¤ se remettre.
En fait, pour ce qui est de Montr¨¦al, il s¡¯agit d¡¯une double fracture, comme l¡¯ont si bien d¨¦montr¨¦ Pierre Drouilly et Alain-G. Gagnon dans l¡¯¨¦dition du Devoir du vendredi 2 juillet : une fracture linguistique et une fracture ¨¦conomique. Br¨¨che ouverte dans la solidarit¨¦ qui s¡¯¨¦difiait petit ¨¤ petit entre les communaut¨¦s anglophones et francophones depuis la « fusion » linguistique d¨¦coulant du projet de loi 101. Qu¡¯on en juge par ces seuls chiffres :• Montr¨¦al conserve 87 % de la population et une valeur fonci¨¨re cumulative de 80 %; c¡¯est donc dire que les 13 % de d¨¦fusionnistes disposent de 20 % de la richesse fonci¨¨re. Pire encore, affirment Drouilly et Gagnon, 200 000 d¨¦fusionn¨¦s poss¨¨dent une valeur fonci¨¨re moyenne par habitant de 120 000 $ alors que pr¨¨s de 1,4 million de fusionn¨¦s ont une valeur moyenne de 64 375 $.• Les dix villes les plus riches du Qu¨¦bec ont toutes d¨¦fusionn¨¦, sauf Sillery et Outremont. Parmi les huit autres, sept sont sur l¡¯île de Montr¨¦al et ¨¤ forte proportion anglophone. Nier tout clivage linguistique ¨¦quivaut ¨¤ prendre des vessies pour des lanternes. Et on s¡¯¨¦tonnera encore du cynisme de la population envers l¡¯un des m¨¦tiers qui devrait ¨ºtre perçu comme le plus noble qui soit.Puisqu¡¯il s¡¯agit bien d¡¯un clivage linguistique et ¨¦conomique. Preuve en est que les anciennes municipalit¨¦s ¨¤ fort pourcentage d¡¯allophones, et dont le statut socio¨¦conomique se situe sous la moyenne qu¨¦b¨¦coise, n¡¯ont pas ¨¦cout¨¦ le chant des sir¨¨nes d¨¦fusionnistes. M¨ºme les anglophones moins favoris¨¦s de LaSalle et de Greenfield-Park, de Lachine ou de Verdun n¡¯ont pas suivi le mouvement s¨¦cessionniste, selon les chercheurs Drouilly et Gagnon. Reste donc les anglophones riches, ceux qui ont toujours r¨¦sist¨¦ au projet de loi 101, m¨ºme lorsqu¡¯il fut adouci par G¨¦rald Godin et Claude Ryan. Les hommes et les femmes politiques qui croient que le
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d¨¦veloppement d¡¯une communaut¨¦ humaine ne peut se r¨¦aliser qu¡¯avec l¡¯appui de tous ses membres portent le brassard des veill¨¦es fun¨¨bres. Cette vision commune et partag¨¦e de l¡¯avenir du Qu¨¦bec, que Camille Laurin et Claude Ryan, chacun ¨¤ leur façon et ¨¤ dix ans d¡¯intervalle, avaient r¨¦ussi ¨¤ construire, est maintenant mise ¨¤ mal. Surtout que la paix linguistique r¨¨gne en toute qui¨¦tude ¨¤ l¡¯Hôtel de ville de Montr¨¦al. Alors, pourquoi cette histoire d¡¯horreur qui fait rire de nous dans bien des coins du monde? Depuis quand l¡¯organisation administrative du territoire national appartient-elle aux ¨¦lecteurs des municipalit¨¦s? N¡¯en d¨¦plaise ¨¤ nos amis du monde municipal, l¡¯organisation du territoire appartient ¨¤ l¡¯État qui d¨¦l¨¨gue ¨¤ des administrations territoriales imputables certaines missions publiques. Ainsi en est-il des services ¨¤ la propri¨¦t¨¦, avec le municipal, des services d¡¯¨¦ducation, avec les commissions scolaires ¡ª et il aurait pu en ¨ºtre de m¨ºme dans le domaine de la sant¨¦, puisque la commission Rochon avait song¨¦ ¨¤ proposer des commissaires r¨¦gionaux ¨¦lus pour cette mission.Les villes de Laval, de Beauport, de Baie-Comeau et de combien d¡¯autres n¡¯auraient pas exist¨¦ si on leur avait propos¨¦ le projet de loi 9 sur les d¨¦fusions, au lendemain de leur fusion. Rappelons-nous Baie-Comeau¨CHaute-Rive!Mais, s¡¯agissant de Montr¨¦al, l¡¯effet est d¨¦sastreux. C¡¯est jeter par-dessus bord tous les efforts, populaires ou non, qui ont ¨¦t¨¦ entrepris pour construire une ville qui offrirait ¨¤ tous ses r¨¦sidents un cadre mobilisateur pour l¡¯avenir. Le d¨¦veloppement ¨¦conomique, social ou culturel ne se r¨¦alise pas dans la concurrence ou la rivalit¨¦. Au contraire! Il se fonde sur la collaboration et l¡¯engagement de chacun et chacune. C¡¯est la base m¨ºme du d¨¦veloppement local.Faible consolation qui, du reste, n¡¯en est pas une : l¡¯¨¦goïsme fiscal sera r¨¦duit par la contribution des contribuables des villes d¨¦fusionn¨¦es ¨¤ un conseil d¡¯agglom¨¦ration, patente technocratique servant de paravent moral ou ¨¦thique ¨¤ cette erreur soci¨¦tale. Faut dire que lorsqu¡¯on a les moyens de payer pour se r¨¦fugier dans sa superbe, on peut se permettre bien des exc¨¨s. Quand on est n¨¦ patricien, paraît-il, on n¡¯aime pas se m¨ºler ¨¤ la pl¨¨be.La seule note positive du projet de loi 9 se trouve dans les comp¨¦tences attribu¨¦es au futur conseil d¡¯agglom¨¦ration. On y ¨¦num¨¨re une bonne douzaine de fonctions dites r¨¦gionales dont le gouvernement pourrait s¡¯inspirer, s¡¯il choisissait d¡¯aller de l¡¯avant avec son projet de d¨¦centralisation en renforçant le cadre r¨¦gional de la MRC sans r¨¦duire la mission actuelle des municipalit¨¦s. Cet exercice permettrait de faire un choix de responsabilit¨¦s qui d¨¦passent le cadre territorial d¡¯une municipalit¨¦ et qui sont devenues indispensables ¨¤ notre vie moderne. Comme quoi il y a toujours un revers ¨¤ une m¨¦daille.
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Ce qu¡¯il faut retenir de ce scrutin r¨¦f¨¦rendaire, c¡¯est que les Francophones, les Allophones et les Anglophones ¨¤ revenu modeste de Montr¨¦al pourraient bien ne pas oublier facilement d¡¯avoir ¨¦t¨¦ ainsi ¨¦tiquet¨¦s citoyens de seconde zone. (On avait presque fini par oublier Laurendeau-Dunton.) Ils pourraient avoir la m¨¦moire longue lorsque viendra le temps du jugement populaire. Ces « l¨¦gendes urbaines » ont eu des r¨¦percussions, r¨¦cemment, sur des ¨¦lections ¨¤ d¡¯autres paliers de gouvernement, comme dans le cas des ¨¦lections f¨¦d¨¦rales de 2000 et de celles du 14 avril 2003.On pourrait m¨ºme ¨¦tablir un parall¨¨le avec les ¨¦lections du 28 juin dernier. Dans ce cas, le vrai scandale des commandites ne se trouvait pas dans le gaspillage de fonds publics ¡ª encore que c¡¯est impardonnable ¡ª, mais dans la volont¨¦ des lib¨¦raux f¨¦d¨¦raux d¡¯acheter l¡¯adh¨¦sion des Qu¨¦b¨¦cois et des Qu¨¦b¨¦coises ¨¤ grand renfort de publicit¨¦, comme on vend de la poudre ¨¤ lessive. Les ¨¦lecteurs n¡¯oublient pas facilement les affronts ¨¤ leur dignit¨¦. Et c¡¯est bien de cela qu¡¯il s¡¯agit, dans le scrutin s¨¦cessionniste de Montr¨¦al, le 20 juin dernier, comme dans celui du 28 juin.Il ne suffit pas d¡¯¨ºtre habile pour exercer avec succ¨¨s le m¨¦tier de politicien. Pour acc¨¦der au panth¨¦on de l¡¯histoire, il faut bâtir plutôt que d¨¦bâtir.Côt¨¦ vision, le docteur Laurin nous manque!
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